Le conte de 1001 fontaines

conte des 1001 fontaines

La semaine dernière, l’association humanitaire 1001 fontaines a reçu le prix du public lors du Google Impact Challenge, compétition récompensant les projets innovants ayant un impact positif sur le monde. QOA magazine a rencontré le co-fondateur de l’ONG, François Jacquenoud.

La tension est à son comble dans la salle de l’Horloge au Quai d’Orsay. Les trois enveloppes gagnantes du prix du jury ont été décachetées. Il n’en reste qu’une, celle du gagnant récompensé par le public.

Le résultat tombe, c’est l’association 1001 fontaines qui est la lauréate. Les membres de l’association explosent de joie. François se tient la tête les yeux embués, son équipe saute autour de lui il ne sait plus trop ce qui lui arrive: « On ne s’y attendait vraiment pas du tout. Nous n’étions pas annoncés favoris pour cette catégorie, alors quand les prix des juges ont été décernés nous étions au fond du trou persuadés d’avoir perdu. A la base pour faire l’appel aux votes nous avons mobilisés tous nos contacts c’est à dire 2000 adresses, ce n’est rien. Pourtant nous avons gagné grâce à plus de 48 000 votes. C’est incroyable, je n’en reviens toujours pas. »

Cette victoire est une consécration pour cette association créée il y a une dizaine d’années après une rencontre franco-cambodgienne.

L’histoire d’une rencontre

François avait du succès dans les affaires mais voulait donner un autre sens à sa vie. Après vingt ans d’une brillante carrière de consultant dans un grand groupe, il décide de tout abandonner, du jour au lendemain, pour se dévouer à l’éducation de ses enfants adoptés en Colombie : « je n’étais pas allé les chercher à l’autre bout du monde pour leur offrir seulement un compte en banque. Je devais leur apprendre à grandir ».

Après avoir accomplit sa mission de père, il se questionne sur son avenir. Lors d’un repas en 2004, il rencontre Chay Lo un jeune ingénieur cambodgien au parcours atypique. Issu d’une famille très pauvre, il réussi à sortir deuxième de la plus grande école d’ingénieur du Cambodge et obtient un diplôme de l’ENGREF à Paris.

Au cours du repas, le jeune homme raconte à François les conditions de précarités relatives à l’accès à l’eau potable dans son pays. Le problème au Cambodge n’est pas la quantité d’eau, car elle est relativement partout, mais la qualité. Les habitants boivent dans les marres stagnantes. La mortalité infantile relative à cette absorption est de 20%.

Face à cette aberration, François décide d’agir : « En tant que consultant je sais que je ne sais rien, mais je sais aussi m’entourer des bonnes personnes ».

Il veut créer une solution en trois points : produire de l’eau saine, la mettre à disposition des plus démunis, et faire tout ça de façon pérenne.

La solution de l’entreprenariat sociale

En 2004, l’ONG 1001 fontaines est crée par François, Chay Lo et Virginie, une amie commune.

La technologie utilisée pour assainir l’eau, est celle à base d’ultraviolets « ce procédés est simple et date de trente ans. Notre innovation est de l’avoir couplé avec l’énergie solaire » explique le fondateur.

Afin de produire à bas coût, François et Chay Lo décident de réduire le coût de transport ; un lourd investissement, se répercutant directement sur le prix de vente de l’eau. Ils choisissent donc de construire localement pour un besoin local : une usine par village.

La vraie innovation du projet est l’entreprenariat : « Notre but ultime est d’assurer la pérennité. Pour que quelque chose dure il faut que des gens trouvent leur intérêt personnel ». C’est la raison pour laquelle 1001 fontaines forme des entrepreneurs locaux. L’entrepreneur social est choisi en accord avec l’association et la communauté. Un contrat tripartite est signé. Cela engage le responsable de l’usine à tenir ses promesses de qualité et de prix. Le litre d’eau est vendu à 1 centime de dollar.

Pour un coût approximatif de 20 000 euros, François et son équipe s’occupent de l’installation de la structure, fournissent les bonbonnes et forment la personne pendant un an.

Après une année, le patron est autonome. Il filtre l’eau, lave et désinfecte les bidons, les remplis et les livre aux villageois. Il est également capable de payer seul une redevance s’élevant à 20% de ses recettes, à un plateforme centrale chargée de le réapprovisionner en matériels et qui s’occupe de vérifier régulièrement la qualité de l’eau : « Un contrôle externe est obligatoire. Nous ne pouvons pas négliger cette partie. Notre but premier est de fournir de l’eau de qualité aux populations ». Ces plateformes régionales crées par 1001 fontaines sont composées intégralement de locaux, toujours dans une logique de pérennisation. Le fait d’impliquer à 100% la population permet de créer une indépendance et de gérer les structures sur le long terme. « Le Cambodge est l’un des pays recensant le plus d’ONG, les habitants ont tendance à attendre l’aide. Nous, nous voulons relancer l’économie locale. L’entreprenariat est la seule solution viable sur le long terme ».

Agir pour les plus démunis

Le fait d’intégrer une notion de business dans un projet humanitaire peut sembler paradoxal. Il est légitime de penser qu’encore une fois les plus pauvres seront marginalisés. Car même si le prix est faible, certains sont incapables de déverser un centime de dollar pour un litre d’eau.

L’association 1001 fontaines incite donc les communes à aménager un tarif spécial pour les détenteurs d’une « poor ID », une carte distribuée par le gouvernement cambodgien pour identifier les personnes ayant le moins de ressources.

Au niveau des écoles un système de parrainage est mis en place. Dans les villages équipés, toutes les écoles reçoivent gratuitement 20 litres d’eau par classe, par jour. Cela permet d’éduquer les enfants au fait de boire de l’eau potable. L’effet sanitaire s’est immédiatement fait remarquer. En six mois, sur trois milles enfants, le taux d’absentéismes liés aux diarrhées et aux maladies liées à l’eau a baissé de 50% à 75%.

Le rôle des volontaires

Les bénévoles impliqués dans les missions de 1001 fontaines sont mobilisés pour une année. « Les trois premiers mois ils ne comprennent rien, et les trois mois suivants ils font pleins de bêtises » ironise l’ancien consultant. La compréhension de la culture locale étant un enjeu majeur, il faut s’imprégner du mode de fonctionnement de chaque pays, afin d’être efficace. Les personnes envoyées sur place travaillent sur des sujets transversaux visant à améliorer le mode de fonctionnement de l’association.

Au début, les missions portaient sur la vérification de la qualité de l’eau ou le marketing social, afin de convaincre les autochtones à boire de la « bonne eau ».

Actuellement, trois volontaires françaises sont au Cambodge pour optimiser les techniques de pénétration dans les villages et pour mettre en place l’intégration de la technologie au sein de la plateforme centrale et chez les entrepreneurs locaux.

L’objectif étant d’équiper 250 sites et de toucher un million de personnes, il est impératif d’améliorer les techniques de gestion qui pour le moment sont assez rudimentaires.

Des projets en cours

La récompense de 500 000 euros attribuées par Google va permettre à 1001 fontaines d’accélérer le développement de ses projets.

Une partie sera mobilisée pour équiper quinze nouveaux villages.

A l’heure actuelle, au Cambodge, deux fontaines par mois sont installées dans des villages, 2 500 000 litres sont distribués mensuellement.

Depuis 2008 l’association s’est exportée à Madagascar. Dix villages ont déjà été équipés. L’Inde est le nouveau défi pour François Jacquenoud et son équipe.

La route est encore longue car dans le monde 800 000 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable.

Même si François affirme, avec un sourire en coin, que lorsqu’ils auront aidé un million de personne il prendra sa retraite, il ne nous semble pas qu’il arrêtera le combat de si tôt. Tous les matins, lorsque sa femme lui demande ce qu’il va faire il répond simplement « comme les médecins de Greys Anatomie, je vais sauver des vies ».

Une belle récompense, pour un beau projet.

Pour plus de renseignement rendez-vous sur le site internet de 1001 fontaines.

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